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Les jeunes face à la crise: Les réponses des politiques sociales et de l’emploiLe principal objectif de l’OCDE est avant tout de veiller à ce que tant les nouveaux venus que ceux qui ont déjà été confrontés à des difficultés pour trouver un emploi maintiennent un lien avec le marché du travail
L’examen de l’insertion durable des jeunes sur le marché du travail fait l’objet d’une attention croissante en ces temps de crise. Face aux évolutions récentes, les politiques sociales et les politiques de l’emploi doivent être adaptées afin d’aider au mieux les jeunes à traverser la crise actuelle. Pour ce faire, les ministres du travail et de l’emploi des pays de l’OCDE se sont notamment penchés sur cette problématique lors de leur réunion à Paris les 28 et 29 septembre derniers.
La situation du marché du travail s’est détériorée dans l’ensemble de la zone de l’OCDE à un rythme sans précédent dans certains cas. Entre décembre 2007 et juillet 2009, la récession s’est traduite par une augmentation du nombre de chômeurs de près de 15 millions. D’après les dernières projections de l’OCDE, le taux de chômage pourrait même approcher les 10 pour cent d’ici la fin de 2010, soit une augmentation du nombre total de chômeurs d’environ 25 millions par rapport aux niveaux d’avant la crise. Pour le Bureau international du Travail (BIT), le nombre de chômeurs dans le monde pourrait atteindre 219 à 241 millions en 2009, ce qui correspond à un taux de chômage mondial compris entre 6,8 et 7,5 pour cent. Une augmentation comprise entre 39 et 61 millions de demandeurs d’emploi par rapport à 2007 est considérée comme la fourchette la plus probable selon les dernières estimations. Bien que les systèmes de protection sociale aient joué un rôle important de stabilisateurs automatiques atténuant l’impact du ralentissement de l’économie, l’OCDE souligne le lourd tribut payé par les jeunes. En effet, les statistiques disponibles jusqu’au second trimestre 2009 révèlent une augmentation significative du chômage des jeunes dans la zone de l’ODCE – jusqu’à 18 pour cent de la population active en moyenne contre 14 pour cent l’année précédente. Cette tendance est corroborée à l’échelle mondiale par les données les plus récentes publiées par le BIT, indiquant elles aussi que le nombre global de jeunes chômeurs (âgés de 15 à 24 ans) pourrait se situer dans une fourchette de 78 à 90 millions à la fin 2009, alors que ce chiffre était de 72,5 millions en 2007. A court terme, le principal objectif de l’OCDE est avant tout de veiller à ce que tant les nouveaux venus que ceux qui ont déjà été confrontés à des difficultés pour trouver un emploi maintiennent un lien avec le marché du travail. Pour l’Organisation, les gouvernements ont également à charge d’empêcher que les jeunes ne quittent prématurément l’école sans qualifications.
On constate en effet une grande disparité en matière d’emploi chez les jeunes, selon qu'ils ont ou non terminé l’école. En général, l’éducation est profitable: le taux d’emploi des jeunes âgés de 15 à 29 ans qui ont quitté l’école avec un diplôme de l’enseignement supérieur est beaucoup plus élevé que celui des jeunes qui sont sortis du système scolaire sans diplôme (voir graphique ci-dessous).
Plus précisément, l’avènement des économies à forte intensité de connaissances implique des compétences cognitives accrues; il en résulte que les jeunes qui quittent prématurément l’école comptent un taux de chômage trois fois plus élevé que ceux qui ont obtenu des diplômes supérieurs (G. Esping-Andersen, 2007). En outre, à l’échelle d’une vie, les travailleurs au bénéfice d’une formation d’un niveau relativement faible ont plus de probabilités de connaître des situations de pauvreté une fois à la retraite. A court terme, l’OCDE propose deux dispositions temporaires pour soutenir les jeunes travailleurs au chômage: étendre les conditions d’éligibilité à l’assurance chômage pour améliorer la couverture des jeunes travailleurs (comme, par exemple, les périodes de stages ou d’alternance, de manière à atteindre le nombre de mois requis pour prétendre aux allocations chômage) et adopter des mesures permettant de promouvoir aussi bien l’apprentissage en tant que tel que de permettre aux apprentis sans contrat d’achever leur formation.
Dans une perspective à plus long terme, nous pouvons résumer les recommandations politiques de l’institution comme suit :
- Assurer une meilleure coopération entre les services de l’emploi et le système d’enseignement de façon à intervenir auprès des jeunes dès que possible lorsqu’un risque de désengagement est détecté;
Les recommandations défendues par l’OCDE, et les stratégies d’activation qui leur sont liées, vont dans le sens d’une meilleure prise en compte du risque auquel sont soumis les jeunes. Néanmoins, il est urgent de permettre aux politiques sociales d’agir non plus à la manière d’une action réparatrice mais plutôt sous la forme d’une action préventive, fondée sur une logique d’investissement social. Les bases cognitives sont scellées au cours de la toute petite enfance, et ce qui se joue à l’âge préscolaire est fondamental pour la motivation et pour les capacités d’apprentissage de l’enfant une fois qu’il entre à l’école. Cibler la pauvreté des enfants et leur garantir de meilleures conditions de garde et d’éveil doit à la fois permettre de prévenir l’exclusion et préparer une main d’œuvre mieux formée, qualifiée, flexible et adaptée à une économie de la connaissance et des services (B. Palier, 2005). Pour ce faire, il est primordial de garantir un revenu minimal à toutes les familles et d’améliorer la prise en charge collective des enfants. Ceci peut représenter, pour la sécurité sociale, un objectif à la hauteur des enjeux de ce début du XXIe siècle. Sources: Esping-Andersen, G. 2007. Investing in children and their life chances (Rapport de conférence, Fundación Carolina International Workshop «Welfare State and Competitivity», Madrid, 26-27 avril). Version revisée. <http://dcpis.upf.edu/~gosta-esping-andersen/materials/investing_children.pdf > (consulté le 24.11.2009). Commission européenne. 2009. Recovering from the crisis: 27 ways of tackling the employment challenge. Luxembourg, Office des publications de l'Union européenne. OCDE. 2009. Faire face à la crise de l’emploi: les réponses des politiques sociales: Thème 3: Aider les jeunes à s’insérer durablement sur le marché du travail (Document de référence - Réunion de l’OCDE au niveau ministériel sur l’emploi et le travail). Paris, Organisation de coopération et de développement économiques. <http://www.oecd.org/dataoecd/55/28/43766297.pdf> (consulté le 24.11.2009). Palier, B. 2005. «Vers un État d’investissement social: pistes pour une redéfinition de la protection sociale», dans Informations sociales, vol. 8, no 128. <http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2005-8-p-118.htm> (consulté le 24.11.2009). |
Décembre 2009
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